« Approches autonomes, art brut musical : une nécessité collective »

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 « Les gens pourront toujours dire que je ne sais pas chanter, mais personne ne pourra jamais dire que je n’ai pas chanté. » Florence Foster Jenkins

Présentation

Depuis quelques années un sujet touchant est de plus en plus émergeant. Celui-ci concerne l’art et la santé mentale, ayant pour  acteurs et actions des parcours de vie étonnants.  Au grand jour, la composition musicale et la situation de handicap psychique ne doivent plus être un tabou en France. Afin de traiter de ce sujet de grande importance, il s’agira de retourner vers une formule écrite. Et oui un putain de blog !! Un RDV bimestriel tentant à s’éloigner de Spotify, Intagram, Spapshot,Tweeter et de toute action gazeuse. Car il s’agira de sortir des choses de l’ombre et de faire dure l’émergence! Lecteurs et auditeurs seront parfois bousculés: il y aura des choses pas forcément plaisantes à lire et à écouter. De plus les commentaires d’articles permettront des interactions entre avis et questionnements sur chaque article proposé. C’est un échange lors être concerné(e), sensible, curieux/se  de près ou de loin sur cette démarche esthétique et sociale promet au delà, d’un projet,  une action d’importance et de taille humaine. Voilà ce que sont les « Approches autonomes, art brut musical : une nécessité collective »

Chaque article comprendra:

  • Présentation: une exorde  à partir d’un artiste, une actu, un ouvrage, une simple phrase
  • Narration: mener l’enquête sur un sujet qui nous échappe
  • analyses esthétiques et sociales
  • Illustration: argumenter  grâce à des liens musicaux et  vidéo
  • Confrontation: parfois des allers-retours industrie du disque et des artistes Outsider

(à partir de l’épisode 1) Si vous démarrez cette série d’articles suivez les aventures de bas en haut


  • EPISODE 3: L’Oreille Interne d’Eric FERRAND (interview) EN COURS…

 

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(photo de …..)

Interview d’Eric Ferrand : L’Oreille Interne

Par Yacine Synapsas

« Dans sa mise en scène Eric Ferrand fait de la musique un des acteurs du drame…liés au monde contemporain strié de dissonances…le son construit l’espace et mêle les temps. »

Quoi de mieux pour présenter le travail d’Eric Ferrand ? Dans le cadre de mon travail sur « Approches autonomes, art brut musical : une nécessité collective »,  j’ai pu écouter sur le 3ème volume de Music In Margin : Inside out music (Label Sub Roza) quelques extraits issu de L’Oreille Interne. Pensant cette œuvre trop forte pour ne la laisser qu’en extrait, je voulais en savoir plus. Un CD existe. Dès lors j’ai ricoché de contacts en contacts afin d’arriver à Eric FERRAND, son compositeur. Eric FERRAND, le guitariste et chanteur du groupe de cold wave Resistance pendant les années 80 ?

 

L’Oreille Interne. Eric FERRAND  a réalisé des rencontres sur un 6 mois, en accord avec les patients du C.H.S. La Chartreuse de Dijon. 19 portraits musicaux réorchestrés par des violoncelles, guitares et parfois d’autres instruments. Un confessionnal libre fait de parcours, de chansons où chaque pièce cerne la promiscuité d’un terrain tourmenté ou amusant …. L’orchestration suit les traits, les magnifiant sous notre jour. Cette construction prend la dimension au-delà d’un documentaire : L’Oreille Interne est une carte hors du temps, une parole à notre regard acquitté d’espaces clos.

 

Présentation

  1. Pourrais-tu brièvement te présenter (carrière et démarche artistique) stp ?

D’abord musicien (guitare chant dans « Résistance » de 86 à 92) puis compositeur de musiques de scène (théâtre, danse) et d’installations sonores, je suis passé à la mise en scène (vers 2000) de spectacles de théâtre musical, dont j’assure également les compositions musicales. Depuis 2 ans, je joue à nouveau de la guitare (préparée) dans les spectacles que je mets en scène, autour de l’écriture de Michaël Glück (« Proférations de la viande », « l’Espèce » et la prochaine création « Performants ! »)

 

  1. D’où vient le nom de la compagnie « L’Oreille Interne» ?

Du CD « l’Oreille Interne ». J’avais ce projet en tête depuis quelques années, je l’ai lancé en même temps que la Cie, le nom m’a paru adéquat à la fois pour le projet de CD en HP et pour la suite des créations. Il s’agit de faire entendre, de rendre audible et musical ce que nous ou chacun portons intimement.

 

La parole

 

  1. La parole prend une place extrêmement importante dans ton travail (On ne dit rien, Performant, Proférations de la viande, Proférations solitaires). Pourrais-tu nous en dire plus stp ?

En tant que compositeur, je recherche l’environnement sonore qui permet le mieux de porter la parole, de la rendre audible, de la faire entendre « mieux », de la faire résonner, de la rendre musicale ou de souligner sa musicalité. Je tente un équilibre -toujours différent en fonction du texte, du sens- entre la puissance d’évocation, d’imaginaire, de sensations produites par le son (capté, concret, instrumental, vocal…) et la force des mots, leurs sonorités, les sens possibles, la fragilité de la parole humaine, le corps des acteurs.

  1. Et à contrario, dans la création Virtuel ! On n’a l’impression que le visuel tait la parole, non ?

Tout à fait ! C’était le but : montrer la place grandissante de l’image au détriment de la parole, de l’échange, du dialogue, de la relation. Mais aussi les modifications comportementales, sociales, relationnelles induites par les nouvelles technologies. Le jeu de l’acteur s’apparente au cinéma muet.

 

L’Oreille Interne : le CD

 

Maintenant je souhaite revenir sur le travail avec Centre Hospitalier Soins « La Chartreuse » de Dijon atteignant la composition de  L’Oreille Interne (NDLR : De septembre 95 à mars 96, à raison d’une matinée par semaine)

 

  1. Comment est né ce projet ?

De mon désir d’explorer une « matière sonore » particulière, chargée du vécu de chaque personne rencontrée. Déjà cette même envie d’interaction son/sens, musique/parole, notes/mots. Je pressentais une richesse à la fois sonore (le lieu et ses sons, les voix des participants…) et humaine (le récit, le vécu de chacun, la rencontre…) source de stimulation, de créativité. Je crois aussi avoir eu le désir de mieux me connaître, à travers ces rencontres particulières. Je n’ai pas été déçu ! Cette expérience ne m’a pas quittée et le CD poursuit sa vie puisque je continue à le diffuser après toutes ces années.

  1. Nous imaginons le cliché de l’artiste scénique sur des espaces ouverts. Peux-tu nous expliquer la démarche des espaces clos ?

Pour ce projet, je voulais « faire sortir » une parole généralement confinée, inaudible. Qui sont ces personnes plus ou moins provisoirement isolées ? J’ai réalisé rapidement qu’il s’agissait de nous tous, que tous un jour pouvions être là, chacun à notre façon, avec nos faiblesses particulières. J’ai compris alors pourquoi j’avais entamé ce projet : transmettre cette expérience vécue, faire écouter ces voix afin que nous entendions qu’il s’agit de nous tous, de chacun d’entre nous.

  1. Au-delà de la rencontre, semblerait-il que la parole prenne également dans cette œuvre un rôle majeur ?

C’est l’articulation de chaque morceau, tout est basé dessus et autour. Je cherchais d’abord le rythme de la parole, en travaillant sur les silences, mais sans couper à l’intérieur, afin de ne pas en altérer le contenu, ce qui s’apparenterait à de la manipulation. Le thème musical venait se poser ensuite, éclairé par les ambiances sonores des lieux (couloirs, voix, portes, personnel soignant, lieux de vie commune…). Aucun morceau n’a été écrit en partant de la musique.

  1. On sent très clairement une inspiration et direction musicale qui varie selon les rencontres. Pourrais-tu nous en dire plus stp ?

J’ai en effet choisi de me poser la question de la place du son et de la musique pour chacun des participants. Qu’est-ce qui sert le mieux cette parole : un environnement type musique film, un accompagnement presque « chanson », une cellule répétitive qui met en valeur la musicalité de la voix, une texture sonore brute et tendue rendant compte de l’état émotionnel ? Le fil conducteur était l’instrumentation : violoncelle, guitare et sonorités du lieu intégrées à la partition. J’ai d’ailleurs choisi le violoncelle comme support principal car je n’en jouais pas ! Je voulais une instrumentation fragile, « humaine », avec ses failles, en quelque sorte être sur un pied d’égalité avec les personnes rencontrées.

  1. Le premier titre « Pierre » donne le ton. Il marque tant par sa musique et son texte un grand coup nous  introduire dans cet album. Comment as-tu choisi l’ordre des rencontres  pour le CD?

J’ai cherché l’équilibre et l’alternance entre des pièces plus tonales et d’autres plus brutes, entre tempi lents et rapides, entre les tonalités de chacune, entre le contenu des paroles (certaines plus chargées que d’autres), exactement comme pour un disque de Rock !

  1. Sur le morceau « Nicolas », il y a quelque chose qui bute puis s’ouvre comme une fleur, fuguant dans le style baroque. Qu’en penses-tu ? Un autre type d’écriture pour toi ?

La construction musicale s’appuie sur le protagoniste. Effectivement, il bute, il ne retrouve pas la fin d’ « au clair de la lune », il reprend plusieurs fois, avant de finalement se raconter. Il termine en disant qu’il avait envie de me gifler, mais qu’il ne l’a pas fait. On m’entend le remercier ! Pour le violoncelle, je voulais une ligne harmonique la plus loin possible de l’original, tout en restant tonale. Il y avait dans ce récit (surtout vécu en direct) une urgence, une tension, une incertitude et en même temps une extrême fragilité qui m’ont beaucoup touché. Nous avons enregistré le dernier jour de ma présence au CHS, il avait refusé mes invitations jusque là et s’est décidé quand il a su que je ne reviendrai plus…

  1. Certaines rencontre sont à mon sens très poétiques, aussi surréalistes qu’éloquentes : j’me suis manquée… j’ai les lèvres qui piaquent … la croisière s’amuse… Soleil, toi qui vient de loin, toi qui fais du soleil au fond des yeux. Qu’en penses-tu ?

C’est ce que j’espérais trouver en rêvant à ce projet, sans savoir à quoi m’attendre concrètement ! La prise de médicaments et l’état psychique du moment rendaient la parole parfois difficile, incertaine, ou libre et exaltée, produisant des chocs sémantiques, des images singulières où beauté et souffrance se mêlent de façon troublante. Je me suis également beaucoup appuyé sur l’humour, le recul voire la clairvoyance dont faisaient preuve nombres de personnes rencontrées.

  1. « Youssef» me fait penser à A.Bashung  par ses intonations, ses inflexions vocales. Comment as-tu aperçu la musicalité de chaque patient en studio ?

Lors d’entretiens de ce type, je suis totalement à l’écoute de la personne et à l’affût de la musicalité de sa voix, de son timbre, de ses inflexions…sachant déjà que je vais travailler musicalement sur ce « matériau », je suis déjà en mode « composition musicale ».  L’étape suivante consiste à développer cette musicalité, parfois bien cachée, par le jeu des sonorités, instrumentales et concrètes. Je voulais une respiration musicale propre à chaque personne et proche de chaque personne, en me fiant à ce que j’avais perçu pendant l’entretien en plus de ce que j’avais sur les enregistrements. J’ai beaucoup utilisé leur souffle, leur respiration, leurs sons particuliers (toux, tics, raclements de gorge…) afin de les rendre le plus présent possible.

  1. Youssef est d’ailleurs le seul patient rencontré 3 fois sur cette période. Pourquoi ?

Il m’attendait tous les lundis matins devant la porte du bureau qui m’avait été alloué. C’était mon fidèle premier « client », il avait intégré cette séance dans son parcours hebdomadaire car il aimait chanter et connaissait de nombreux chants turcs, qu’il souhaitait me faire enregistrer. Je possède des heures de ses enregistrements (une heure par semaine pendant six mois !). Sa particularité était que, selon son traitement et son état, il pouvait chanter relativement clairement ou d’une voix totalement cassée, quasi inintelligible. Certains jours je le comprenais, d’autres pas un mot. Pour l’entretien, je ne donnais pas de consigne, je ne questionnais pas, afin de ne pas orienter la réponse. Je présentais le projet, me présentais comme compositeur, et souvent le sujet partait sur la musique, qui joue un rôle important pour beaucoup dans cette situation de « retrait ». Certains ont spontanément voulu chanter-ce qui évite d’en dire trop, quoi que… et j’ai capté ce qui se passait, en essayant de ne pas orienter le contenu tout en encourageant et alimentant la prise de parole.

  1. Les titres François, Nicolas, Marguerite, proposent une vraie rencontre entre musique de chambre et pot-pourri populaire. Quel regard là-dessus ?

Le contenu est le reflet des gens rencontrés : leur culture, populaire ou savante, leurs souvenirs, leurs problèmes passés et actuels, leur mode d’expression… J’ai tenté de maintenir mon cap, même lorsque la teneur des enregistrements pouvait me laisser perplexe quelques fois. Et il y avait un tel charme dans ces voix, dans l’interprétation de ces mélodies désuètes, cela véhiculait tellement autre chose que les bluettes originales que la confrontation avec l’instrumentation minimaliste à corde, sa chaleur, son intimité, m’a paru évidente.

  1. Ensuite, quelques années plus tard, tu as présenté un concert-lecture interprété par 14 élèves en musicologie à l’Athénéum les 16 mai et 29 octobre 2002. Peux-tu nous expliquer la suite de cette démarche stp ?

L’Atheneum m’a proposé un parcours avec des étudiants en musicologie. J’ai choisi de travailler à partir de l’Oreille Interne, en adaptant avec eux les parties instrumentales en fonction des musiciens présents (plusieurs flûtes, piano, bois, cuivres…). Je leur ai proposé de s’approprier un texte et d’entreprendre un travail autour de la parole en scène. Il ne s’agissait pas vraiment de théâtre, il aurait été ridicule qu’ils tentent d’incarner des « fous », surtout au vu de la démarche et du contenu du CD, mais plutôt de poésie musicale. Ils ont été excellents, très justes et sensibles, pas de faute de goût ! L’expérience a été très forte pour tout le monde, public inclus en fin de parcours.

  1. Enfin que gardes-tu de L’Oreille Interne 20 ans après?

Dans mon travail, une manière d’envisager ou de questionner la place de la musique par rapport à la parole. Une manière d’envisager l’entretien individuel, la rencontre à objectif artistique qui débouche sur la rencontre humaine,  la disponibilité à l’écoute. Une expérience unique.

Actus

 

  1. En ce moment tu joues proférations solitaires. Peux-tu nous dévoiler cette œuvre stp ?

Le titre est désormais « l’Espèce ». J’ai repris le titre original de l’auteur. Cela fait partie d’un cycle autour de l’auteur contemporain poète Michaël Glück que j’ai intitulé « Proférations de la viande ». Ici, je suis seul en scène, texte, musique et visuel. Une guitare préparée –à l’archet, frappée, larsen…un tourne disque à 45 Tours rayés, des lampes à Led, une fin avec vidéo… voici les outils pour cette nouvelle aventure que j’adore jouer. Et cette fois-ci, c’est moi qui ai la parole ! Il s’agit de poésie contemporaine plus que de théâtre. Le texte propose un rapport au public assez inédit, questionnant la place de celui qui parle, et celle de celui qui écoute, ouvrant ensuite sur l’implication de chacun dans le monde et dans la perpétuation des horreurs. Jamais donneuse de leçon, c’est une langue magnifique, totalement originale et inventive mais aux abords simples, ouvrant des horizons en laissant une place au spectateur dans l’élaboration, la manifestation du sens. Un beau coup de poing littéraire que j’ai eu envie de porter. Ce spectacle se joue partout, entièrement autonome, il ne nécessite qu’une prise de courant, il ne coûte pas cher, je pense et espère le jouer beaucoup et longtemps !

  1. Proférations de la viande…et.. Proférations solitaires : une prolifération positive?

J’ai la chance de travailler avec un auteur contemporain, Michaël Glück, depuis deux ans. C’est passionnant d’échanger directement avec un auteur. Son écriture me donne une liberté totale au plateau, elle me stimule, on peut tout essayer. Mes derniers spectacles sont désormais plus libres, moins figés. Ils bougent selon les lieux, sont ouverts à des parts d’improvisation, ils laissent la place à l’expression du moment dans un cadre bien intégré.

  1. En somme nous pourrions penser que l’ensemble de ton œuvre résonne comme une « résistance », non ?

Dans le choix du nom « Résistance » j’ai ensuite toujours regretté la connotation « arrêtée », « figée » comme arc-boutée sur des positions, ce qui indiquerait quelque chose de rétrograde, réactionnaire, passéiste, ce qui n’est pas mon cas je mense. Et pourtant il y a bien sûr dans mon travail une tentative de réaction par rapport aux normes et effets de l’économie libérale, une volonté de créer des échanges non commerciaux, non financiers par le partage d’expériences humaines et artistiques. J’aimerais pouvoir résister aux attaques et avancer en même temps ! Je rêve toujours de progrès social, de meilleures conditions de vie, de travail, et face aux extrêmes droites appelées pudiquement aujourd’hui populisme, oui, je tente de résister dans mon travail et dans mon engagement personnel.

  1. De nouveaux projets ?

D’abord tourner « l’Espèce », le jouer cette saison et les prochaines. Ensuite la création du prochain Glück : « Performants ! » que nous jouerons notamment au festival « Musiques Actions » de Vandoeuvre les Nancy en mai 18.

 

Un grand merci d’avoir pris le temps de répondre  à ces questions.

                                                                       De rien ça fait pas de mal quelques fois, ça met les idées au clair !

A bientôt, Eric

 

 

Music in the Margin – Vol 3 : Inside Out Music 

https://www.amazon.fr/Music-Margin-Vol-Inside-Out/dp/B00KW8PQFY


  • EPISODE 2: conférence et création musicale avec des résidents de Maison d’Accueil Spécialisée


La Maison d’Accueil Spécialisée LE LAGON, En partenariat avec  A.S.P.R.O.S. et  le Pôle Culturel Associatif Soëlys, a  le Plaisir de vous inviter à une conférence musicale et à l’audition en avant-première d’Art brut musical » (avec les résidents de la M.A.S.).

Par Yacine Synapsas :« Approches autonomes, art brut musical : Une nécessité collective »

Yacine Synapsas propose une conférence sur l’art brut musical (Outsider Music). On y parle d’acteurs aux parcours de vie singuliers, aux approches musiciennes autonomes.  On y voyage entre chants et cacophonies, et  on se mêle et s’emmêle tantôt par notre interrogation, tantôt par des allers-retours entre  mainstream et artistes en marge. L’objectif est de démontrer une nécessité collective:  L’art et la santé mentale peuvent se rencontrer et nous toucher. Conférence audio avec débat sur 90mn

LIEN à PARTAGER:

 Jeudi 18 mai 2017 à 18h. Merci de nous informer, au préalable, de votre venue au 05.45.94.53.30 ou par mail david.thepault@adapei16.asso.fr (Avant le 16 mai 2017)

Conférence audio-vidéo  + diffusion en avant première d’une création sonore avec les résidents de la MAS + avec débat = sur 90mn.. Avec petit buffet, entrée libre ( Attention travaux !!! sur la route) mais mais.. PARKING de 30 places disponibles…

L’adresse du site à Soyaux (16)



EPISODE 1: HISTOIRE BRUTE


J’aime l’araignée et j’aime l’ortie, Parce qu’on les hait ; Et que rien n’exauce et que tout châtie Leur morne souhait… Victor HUGO (1802-1885)

J’aime beaucoup ce poème de Hugo car il pourrait défendre à lui seul notre regard sur la culture et le handicap. D’interminables débats existent: « – Qu’est-ce que l’art ? » « -Qu’-est-ce que le beau ? » « – Savons-nous écouter ? » « –Le code est-il le beau ? » « -La dissonance ne donne-elle pas saveur à la consonance ? » . Dans une époque où le cynisme devient une norme, Nous proposerons dans ce chapitre un ensemble de résonances de démarches autodidactes, autonomes et brut dans l’art pictural puis musical.

Provocations, contestations,  parodies ou regards critiques, « l’art intellect » a pu donner nombre de fabuleux mouvements artistiques (ex le futurien, Tabula Rasa, futurisme , dada etc..).  Et intemporel, passant entre les mailles de certains filets, l’art naïf, l’art brut.

  • a) Démarche autonome dans toute forme d’art
  • b) Art naïf
  • c) Art Brut
  • d) En musique : les Francs-tireurs
  • e) 1937 : Art « dégénéré »

« n’importe quoi et tout à l’envers ».

a) Démarche autonome dans toute forme d’art

220px-Ferdinand_Cheval.jpgAvril 1879. Ferdinand Cheval, un facteur rural de 43 ans, trébuche une pierre si bizarre pendant sa tournée qu’elle éveille un rêve. Un véritable artiste autodidacte, il a consacré 33 ans de sa vie à construire seul, un palais de rêve dans son potager, inspiré de la nature, des cartes postales et des premiers magazines illustrés qu’il distribue. Pour son quartier, le facteur du cheval devient alors un être étrange, un «pauvre imbécile» qui, lors de sa tournée, met des pierres en tas, retourne le soir pour les chercher en utilisant sa brouette pour remplir son jardin. Il commence la construction de son monument qu’il n’appelle pas Palais Idéal en 1879.

Ci-dessus un extrait du reportage  « Des racines et des ailes  » sur le Palais Idéal du Facteur Cheval, trouvant  à Hauterives dans la Drôme.

b) Art naïf

Comme on peut le voir Séraphine, le douanier Rousseau, le facteur Cheval, Clovis Trouille dans la peinture ou la sculpture. Un art sans école et sans démarche autre que « le faire ». Non intégré au monde de l’art (Becker) leurs œuvres sont désormais reconnus et intégrés au patrimoine culturel. Séraphine Louis, femme de ménage ayant de l’or entre les doigts, elle termina sa vie dans un asile psychiatrique.post-513-1272488304_thumb.jpg

Ci-dessus Séraphine Louis: l’ange au plumeau (1864/1942)

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c) Art Brut

289380JeanDubuffet.jpgLe terme « Art Brut » a été inventé en 1945 par le peintre français Jean Dubuffet. Il aurait utilisé ce mot lors de son premier voyage en Suisse cette année-là avec Jean Paulhan, mais la première fois que l’expression apparut, il écrivit au peintre suisse René Auberjonois dans lequel il prolongeait les découvertes et le travail du Dr Hans Prinzhorn en Les années 1920 sur l’art de « fou », mais aussi l’étude que Dr. Morgenthaler a consacrée en 1921 à un interné psychiatrique qui deviendra un célèbre représentant de l’art brut Adolf Wölfli sous le titre allemand Ein Geisteskranken als Künstler, 19212 …  » Les singuliers de l’art travaillent sans apprendre, sans modèles hérités, ni connus transmis, sans marché défini et très peu à voir avec les artistes – Raymonde Moulin 8»

Jean Michel Basquiat (1960-1988) avec de grandes fresques murales. Il a été révélé par Glenn O’Brien et a collaboré avec Andy Warhol. Son style est original, spontané, naïf, énergique et parfois violent. Ci-dessus est un tableau de JM Basquiat « King Brand (1983) Sur le Wikiart [2], il est intéressant de lire tous les détails de la catégorisation d’un art original, spontané, naïf, énergétique et parfois violent. On note un Néo – Style exprès de type figuratif avec une technique à l’acrylique, au charbon, au crayon, aux pastels, aux pinceaux. Ce travail comprend la Suite « The Daros » de 22 dessins et appartient à la Galerie de Zurich en Suisse.

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Jesse Reno « Truth Lie »

d) En musique : Francs tireurs

Référencement, réflexion sur la marge identitaire du monde artistique. Dans son ouvrage sur « les mondes de l’art » Becker[3] nous append le terme repris des maquis : les francs-tireurs. D’une volonté consciente, ces artistes produisent leur art sans se soucier des codes des critères imposés. Ce qui donne des œuvres originales et innovantes. Nous pouvons aussi rappeler le choc du public assistant aux premiers concerts de la musique de Berg et Webern, cassant les chaises dans la salle, sifflant et criant au scandale

XVIème siècle Carlo Gesualdo

Né en 1566 à Venosa et mort le 8 septembre 1613, ce sont des compositeurs de la renaissance mal comprise. Sans obéir aux codes et à l’esthétique, leurs œuvres sont rapidement tombées dans l’oubli. Gesualdo était un compositeur italien avec une vie frustrée. La réputation sulfureuse de Gesualdo, prince-compositeur et meurtrier, l’empêchait de couler complètement dans l’oubli. Les historiens et les musicologues se sont d’abord passionés de sa vie privée tumultueuse, qui est devenue une véritable légende noire au cours des siècles, reconstruisant, interprétant et jugeant chaque fois son travail et sa personnalité en fonction de ses valeurs esthétiques et morales. À partir des années 1950, la redécouverte de ses scores, réalisée en concert ou enregistrée au disque, a marqué le début d’un intérêt croissant pour le travail de Gesualdo. Directement accessible, sans préjugés scolaires, sa musique atteint un large public grâce à son pouvoir expressif et son originalité, en particulier dans le domaine harmonique2. Il a également inspiré de nombreux compositeurs, qui ont accepté de reconnaître à Gesualdo un maître doué d’une personnalité ambiguë et fascinante

1920 : Charles Ives

Charles Edward Ives, né le 20 octobre 1874 et décédé le 19 mai 1954, est un compositeur américain. Chaque fois, les flûtes, sur scène, répondent à la trompette par une explosion stridente, sauf la dernière fois: c’est la question sans réponse. La pièce est typique d’Ives, car elle juxtapose des éléments disparates et disparates, menées par le tissu d’une histoire dont nous ne sommes jamais vraiment conscients, ce qui rend la pièce formidablement mystérieuse. Ce qui rend le travail d’Ives si mystérieux est sa non-conformité. Et bien qu’il soit presque entièrement inconnu dans sa vie, il est reconnu dans les temps modernes pour son travail expérimental dans la composition de la musique avec des quadrants et d’autres concepts musicaux peu orthodoxes.

e) 1937 : Art « dégénéré »

Nous voulions aussi placer un terme dérangeant car réutilisé parfois pour décrire l’Outsider.

Ausstellung_entartete_kunst_1937.jpgEntartete Kunst était la plate-forme officielle adoptée par le régime nazi pour interdire l’art moderne en faveur d’un art officiel appelé «art héroïque». D’abord appliqué aux arts visuels, le terme d’art dégénéré a ensuite été étendu à la musique (Schönberg, Bartok, par exemple, mais aussi la musique swing), la littérature ou le cinéma (Max Ophüls, Fritz Lang, Billy Wilder). Les visiteurs ont été invités à affronter les productions des malades mentaux et celles des représentants de l’avant-garde. Une confrontation visant à mettre en évidence la parenté entre les deux productions et à stigmatiser la perversité des artistes.

Les styles incriminés sont, par exemple, le dadaïsme, le cubisme, le fauvisme, l’impressionnisme, le surréalisme, l’abstraction, le futurisme.

Nous sommes conscients de cette comparaison quelque peu provocatrice, mais elle répond à la sauvagerie de certaines remarques. Oui, nous ne pouvons pas aimer tout, et tout n’est pas beau, ni bon goût. Mais nous ne pouvons pas dire «tout le monde à mes goûts». Car lorsque nous lisons les auteurs et les styles ciblés par le nazisme comme un art dégénéré, il peut nous interroger au-delà de la sauvagerie du sujet, de sa précision et de son argument.

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Conclusion: Interrogation de notre propre regard ou oreille sur cet art

décider ce qui est de l’art. mass média, jeu économique, puissance.

Ce n’est pas forcément beau. Et c’est surtout affreux d’être persuadé d’une certaine beauté. On regarde l’habillage, ce qu’il ya derrière, mais il y a un regard très bourgeois là-dessus ; Assis dans nos fauteuils confortables, notre vision critique du repos artistique des outsiders va nous éteindre d’un jeu où nous fixerons nous-mêmes les règles. Oui on peut s’en émouvoir d’être touché ou d’en rire, mais jamais nous ne voudrions vivre la réalité de ces gens-là. Mais au-delà de la vanne il se passe vraiment un truc !

Plus récemment nous pouvons prendre cas d’André Robillard. Cet homme dont on se foutait (émission et gags) est maintenant exposé dans plusieurs galeries d’art réputées. Aussi, André Robillard fut récemment en exposition à la galerie des 3 arts de Metz. Robillard est un artiste concevant des mitraillettes et pistolets design, des fusées, fait avec du matériel de récup. Son art sonore, batterie et voix, est proche d’une transe bruitiste.

DMC_culturebox_560e48ac06361d0340bf2624_1443776684_1444891293.jpegCi-dessus une mitraillette Robillard çà la galerie Les 3Arts de Metz (2013) ci-dessous l’artiste

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L’outsider music est un découlement logique de l’art naïf et de l’art brut pictural. Celui-ci est d’ailleurs plus accepté : muséal, galeries, achats, médiathèques, expositions. Mais ces acteurs n’étaient nullement dans le circuit de métiers d’art. La chanson outsider offre des fantaisies et des ruptures, des électrisations sensitives en termes de création, exécution et réception. Elle interroge, fait rire ou embarrasse. On parle de « merdes, de ratages, des pires choses entendues ». Il est vrai que pour toutes les grandes équipes de production qui travaillent à développer ou maintenir un artiste dans la course, ça prend un sacré coup. Car ici, c’est une vraie ode à l’artiste jouant dans sa chambre, le spountz, l’incompris. L’idiot du village ou le marginal social qui est mis en avant. Une nouvelle sorte d’artistes créateur de l’ombre, un underground, qui est à côté de chez vous.

[1] http://www.facteurcheval.com/histoire/palais-ideal-facteur-cheval.html

[2] http://www.wikiart.org/en/jean-michel-basquiat/king-brand

[3] « les mondes de l’art » Becker

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Carlo_Gesualdo



EPISODE 0. OUTSIDER MUSIC, des chansons atypiques et authentiques 


« Certaines chansons détiennent le pouvoir de dresser les poils des bras de l’auditeur, non pas d’extase mais d’embarras. Elles provoquent chez le sujet des sentiments troubles : du malaise, de l’incompréhension, de la consternation parfois, de l’effroi occasionnellement, une hilarité nerveuse bien souvent.  »                                            Propos de d’accueil du site « Les perles de la navrance »

Quoi de mieux pour présenter ce que nous pouvons ressentir à la première écoute de l’art brut musical ? Sous vous yeux et vous oreilles étourdis se présente un univers marginal vis-à-vis de l’industrie de la musique. Ce microcosme, les anglophones le nomment Outsider music. Attention mesdames, mesdemoiselles et messieurs… Stop. Il faudra absolument éviter de paraître pour un Monsieur Loyal, car il ne s’agit pas de foire aux monstres. Si ce propos le devenait, il ne prendrait ce visage que sous nos froids et moqueurs regards. Les personnes présentées dans cet essai ont un parcours de vie atypique, sont atypiques. Elles savent à peine jouer et chanter la musique. Mais elles tentent par la force et la conviction de leurs messages à percer la bulle. S’exprimer. Nous parler. 


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Ci-dessus et ci-contre: The Shaggs,Daniel Johnston  Mark et Lois Kennis,  , 

  • Définition

Tout d’abord rappelons l’anglicisme du mot outsider. Ce terme signifie « hors des codes » ou « hors des sentiers battus ». Sur le plan humain les « outsiders », se traduit littéralement « gens en dehors » . Souvent indescriptible en tant que genre (nous y reviendrons), c’est une musique jouée à totalement à l’instinct,  connaissant une faible distribution ainsi qu’une promotion quasi nulle. Afin de ne pas flouer avec des termes trop techniques et auto-satisfaits, on tentera la passerelle d’Outsider Music avec la peinture: Art brut musical. ça devrait parler plus. 

  • proposition artistique

Bien. Nous avons tenté de définir techniquement ce qu’est Outsider Music. Maintenant voici  3 points sur ce qui peut définir un artiste musicien outsider :

  1. Autodidactisme: Les outsiders peuvent être autodidactes. C’est-à-dire que la plupart d’entre eux n’ont jamais suivi un seul cours de musique ou d’instrument, et leurs démarches compositionnelles ne se font que par l’instinct. Il y un manque de soucis des règles du jeu. Ils peuvent composer des chansons en ignorant les standards musicaux, ou/et contourner ceux-ci (sciemment ou non). Soit parce « qu’ils n’ont aucune formation musicale, ou parce qu’ils refusent de se soumettre aux règles musicales » (Becker,définition des francs tireurs , Les mondes de l’art. Paris, Flammarion, 1980, rev 1988) Cependant par la motivation et la détermination, ils iront au bout d’une course avec leur propre « jeu de cartes ».
  2. Underground: de plus le  terme d’Outsider music va au-delà de l’amateurisme. Il représente certes les auteurs compositeurs qui ne font pas partie de l’industrie musicale. Mais généralement un outsider n’atteint jamais une popularité auprès du grand public. Forcément « underground » (trd : confidentiel), il devient un objet culturel de niche. Il connaît une faible distribution ainsi qu’une promotion quasi nulle ; ces artistes font leur renommée par bouche à oreille, la plupart du temps parce que leurs œuvres sont recherchées par des collectionneurs.
  3. Une certaine excentricité: la majorité de ces artistes sont appréciés pour la singularité de leur art, unique, sans compromis, tout en restant créatif. Leurs créations peuvent nous sembler humoristiques ou obscènes.  Chants a cappella, accompagnés avec des appareils automatiques (bandes karaoké, claviers arrangeurs, boites à rythmes)  ou encore divers instruments non accordés (percussions, pianos, guitares…). Ce sont des personnes atypiques, excentriques, se situant dans une marge sociétale. Certains d’entre eux sont reconnus pour avoir des troubles pathologiques.

R-9407319-1480022295-4808.jpeg.jpgNous commençons à nous plonger dans le vif du sujet. Chansons atypiques, déglinguées, fragiles, sincères…Avec ci-dessous un extrait à brûle pourpoint de Mark et Lois Kennis, sous les commentaires d’un confrère , Irwin Chudid. Voici l’anecdote. Le Hawkeye Jamboree show (Professional Musician & Entertainers Club of Iowapropose de faire passer sur scène des artistes amateurs sur la scène de leur ville. Il y a quelques années ils reçoivent parmi la  multitude de cassettes vidéo ( l’objet vous donne le contexte de la date)  « I’m lazy and crazy, une interprétée par Mark et Lois Kennis:

Remontons notre temps

Il est possible qu’à la vue et à l’écoute de la première vidéo, le voyage s’arrête ici pour certain(e)s d’entre vous. Dommage. Car parfois c’est avec un long fil de temps enroulé que notre passe d’un état à un autre. Prenons l’exemple de la bande de gamins que nous étions. Sans aucune nostalgie, nous menons l’enquête avec un regard antérieur et nécessaire afin de bien comprendre la démarche. Nous aimions le ridicule, le décalage et la gaudriole. Notre enfance musicale fut un jeu de pistes. Nous étions de jeunes chineurs de brocante en quête de trésors cachés. Nous fouinions vinyles et cassettes audio de nos parents. Puis nous nous retrouvions avec nos trésors respectifs à troquer et partager telle une réunion Tupperware :

« – Alors quoi de neuf ? Qu’avez-vous trouvé ? »

« – Ecoutez ça les gars!! ».

Et comme de rituel nous nous étalions comme des baleines, dans des rires aiguës et sous des pleurs hystériques à l’écoute de certains Plastic Bertrand, Pik et Rik, Anarchic System, Syntony, La famille des Bots, Ringo, Jean Pierre Sauser

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Mais c’est dans une nuit d’adolescence insomniaque que le chef d’œuvre du mystère se produisit. À minuit, juste après la pendule bouillonnante,  dans l’entrebâillement d’une nuit chaude et sans fin, parmi les clips les plus tapageurs du moment, m’apparut le clip vidéo le moins cher et le moins produit qu’il me fut donné de saisir. Voir et découvrir un homme noir en costard (rien d’étrange jusqu’ici) chanter sa chanson, mais avec une qualité sonore et vidéo très amoindrie en comparaison des petits camarades contemporains de jeu du petit écran.  Aussi les couleurs du clip présentées étaient troubles de psychédélisme au point de m’en demander si mon poste ne fut pas déréglé.  À moins que ça ne fut le sien… ça ce fut sur l’aspect visuel. Puis une étonnante détonation. Découvrir sa danse mal assurée, mouvant comme un félin blessé fut une surprise de plus. Sa voix comme  approximative un son global faible… voire dégueulasse. Une sorte de punk de la chanson quoi! Enfin ses paroles étaient toutes aussi étranges. Parmi les Marylin Manson, 740boyz Corona, Axelle Red, celui-ci devint étrangement le plus cher à mes yeux ! Hagard. Badaud. Surpris. Et j’ai simplement dit :

« -Oh putain ! ». Itoura Moussongo.

Qui est ce type ?

Alors je veux savoir tout savoir sur lui : discographie, autre clips existants. Je fouine les rayons de musiques World, demande aux disquaires. Si ce gars là passe sur M6, c’est qu’il doit vendre non? Ce qui est sûr, c’est que dans cette marchandise étalée des produits les plus puissants, c’est frêle poisson qui m’avait pêché. Et de ces clips prometteurs et promotionnés je ne retenais plus que lui. Perle de la navrance? Art brut musical? Outsider? Je n’avais pas ces termes-là. Mais ce qui était certain, c’est qu’il m’avait offert l’épuisette à papillonner au fil des années dans une recherche de plus en plus affolée, forte d’un appétit vorace ! À découvrir des artistes de la chanson  paraissant mauvais, extrêmement mauvais même, la définition et la vision se taillaient comme un simple caillou, précieux dans ma poche. Mais au fil du temps, c’est autre chose qui a germé. Un focus plus tendre, une essence.

ATTENTION !!! Itoura Moussongo d’humble avis ne fait preuve d’aucun trouble psychique. Il s’agit ici  par sa référence de montrer de l’origine musicale de ces recherches.

C’était une chanson d’amour. Quoi de plus banal diriez-vous? Mais  les mots choisis, la syntaxe, l’intention paraisonnent pour certains déstabilisant, à s’échapper d’un genre musical défini:

Si de ton coté le feu s’est éteint,
La moindre des choses c’était de m’informer
Aux derniers jours, la rivière n’était pas si profonde.
Cela t’a irritée t’es partie.
Maintenant que le barrage alimente toute la région,
Je nage mieux je n’ai plus de partenaire, Steph.

{Refrain}
Parle moi d’amour, de tes tristesses, tes envies.
Doudoudoudoudoudou ma midou. {x2}

Ndlr: Cela t’a irritée t’es partie. Gamin je comprenais « cela t’a irrité tes parties. Qui forcément n’a rien à voir, mais avec la loufoquerie des paroles entendus, je laissais place à cette phrase. Petite digression, mais qui aura son importance au fil des articles. Sur la compréhension.

le « ? »

Il faut oublier le terme outsider comme un étiquetage musical. Il ne convient pas aux nomenclatures des disquaires, sociologues, rédacteurs d’un mouvement musical tel qu’il soit. outsider n’est pas un genre en soi, mais inclut différents styles, qui ne rentrent pas dans une catégorie spécifique. Nous proposerons des points d’ancrage. Le rapport du public lambda, connaisseur ou averti . Ce que l’on qualifie d’Outsider music n’est pas un genre en soi, mais inclut différents styles, qui ne rentrent pas dans une catégorie spécifique. Attention!  Outsider n’est ni un courant ni un genre musical. Mais il offre souvent un genre indescriptible et joué à l’instinct.              » – Comment réunir tous ces artistes en un genre « outsider » ? « – C’est inclassable.  » Une musique comme «cinglée et visionnaire», où tous les chemins mènent essentiellement un seul endroit: sur le bord.

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Ci-dessus André Robillard

Conclusion

 Synthétisons  le focus de cette première approches par trois idées:

  • Approches autonomes : nos artistes en goguette sont loin du programme d’accompagnements de professionnalisation de la musique. Ils/elles sortent leur épingle (ou non) du jeu en faisant leurs propre règles. Votre voisin peut être un artiste outsider.
  • Art brut musical: quand on évoque l’art brut , on pense peinture , art plastique, art pictural (ndlr: ce sujet sera ré-abordé). Quid de l’art sonore? Y-a-t-il débat houleux ou incapacité à déterminer un autre esthétisme ,surtout quand la composition et l’interprétation nous échappe ?
  •  Une nécessité collective: Que l’on s’en dépeigne : nos visages sous les rires, n’en sont que plus grimaçants. Et c’est ici que l ’art brut re-prend ses droits. Dès lors, à ces approches autonomes, cet art brut musical nous interroge sur l’action de dépeindre une société de manière musicale. Revenir à considérer l’artiste: une personne simple. Reconsidérer la personne en situation de handicap: une simple personne. Cela devient une nécessité collective.

Un grand merci à Gramoul Zlu, Benjamin Chevalier, David De Meuter, Le Label Sub Roza, La Cie L’Oreille Interne.