Stunfest, un festival dédié au jeu vidéo. Un autre speed runner : le runner

 

Par Yacine Synapsas


runlogo-9eaca75ee255b761ce5afc0a67219602Intro

Dans un monde pressé où l’on s’exprime à toute vitesse, il est parfois saillant de voir du beau, du net et du précis.  Imbroglio de traits de mouvement sur une scène où tout va très vite. Euphorie d’un temps Tetris où les merveilles et les galères s’emboîtent. On se croise en coup de vent- je n’ai pas le temps-il faudra que l’on prenne un café entre deux trains! Beaucoup de monde à voir, beaucoup de choses à découvrir. Trop. Puis vient le temps de l’humanité. Ne serait-ce qu’un instant. Une rencontre. Un regard. L’autre à notre optique devient un soin qui par jeu d’interactions et de sapeur-secours très rapides, offre un nouveau ludisme, s’écartant des points forts d’un festoche de jeu vidéo. Et sur un festival dédié au vidéo ludisme, on peut trouver 1000 choses parmi lesquels la compétition, des jeux indépendants exposés, des conférences, des crêpes locales et du speed game. Ce dernier anglicisme évoqué est une manière d’aborder le jeu : de manière compétitive, précise et rapide. Le plus souvent exécuté par un speed runner.  Mais sur un festival de jeu vidéo il existe un autre speed runner : le runner.

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 Comparo 

Tout d’abord  évoquons plus précisément ce qu’est un speed runner. Son objectif est de terminer un jeu vidéo, quel qu’il soit. Surtout, il effectuera un jeu très rapidement en en  maîtrisant les ficelles. Pour cela il utilisera souvent des bugs du moteur du jeu (petits problèmes internes) et des raccourcis. Par cœur, vent d’allant vers le réel mis opé. Conscience mémorielle et sensitive des actions et des recoins du jeu. Tel un musicien maîtrisant sa partition, il devient alors virtuose et offre au public une énième exécution ; voire une interprétation vidéo ludique. Sur un festival de jeu un speedrunner sera visible, reconnaissable. C’est moins le cas du runner.

Mais alors évoquons ce qu’est un runner (traduisez en français littéralement « coursier »). Celui-ci prend en charge les commissions et assure le transport des artistes pendant un festival.  Ses heures de taf empiètent du temps sur les heures de dîner ou en fin de journée. Le runner vit son propre speedrun en mode marathon. Et ceci durant plusieurs jours de suite. Vivant le festival côté coulisses il devient un véritable Mc Guyver : chauffeur, guide, trousse à outils, etc. Au volant d’un véhicule, il conduit les artistes/compétiteurs programmés aux quatre coins du festival de la gare à l’hôtel.

« En gros tu prends une artiste allemande que tu n’as jamais vu, à Luxembourg que tu n’as jamais vu non-plus, pour  l’amener en France. Vous parlez anglais sous la pluie (genre pluie-tornade) et il vous vous débrouillez à arriver à bon port, à un temps donné ».

Cependant un regard optimiste serait plus allouable. Il est à savoir qu’un runner veille sur un starting block  dès le p’tit matin. Un marathon man, mais sur trois ou quatre jours. Dès lors  le run devient une digression temporelle,  un instant à part dans une grosse machinerie qu’est un festoche. Profiter d’un instant hors du temps.

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Le lieu de ce carnaval pixelisé, c’est le Stunfest#12, à Rennes, fin mai. L’un des plus beaux festivals européens dédiés au jeu vidéo. Le Stunfest c’est beaucoup de rencontres, du tournoi, des conférences, des jeux indés et… parfois, au milieu de nulle part, une galère.  On est venu en voiture, et pas à l’arrache! Car nous étions prévenus d’éventuels problèmes sur place. Mais plus d’essence à Rennes. Le deuxième soir la vision « réserve –moteur » en allant s’héberger à soixante bornes du fief étudiant breton, et ce à 2h du mat, ne nous fait par marrer.  Tenter d’aller au bout et se retrouver en gilets jaunes au milieu des fougères…Game over ! On est trois. Il pleut, pas d’hôtel. Tout est complet. Partout. Où bien les tarifs des logis justifieraient la lutte des classes. Sur le site : plus personne, ou quelques gens pas du tout prêts à nous répondre  sobrement. Bah comment qu’on repart ?

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Et c’est là que la magie Bionic commando orchestré par les runners du Stunfest opère.

Primo un matelot prend en charge un de nos moussaillons dans la dernière place de sa voiture et propose de l’héberger. OK. Deuxio…et bien on est encore deux à se demander si l’on dormira sur l’appuie-tête de la Pigeot. Tout est complet on vous dit ! Sur le dernier hôtel « complet » malgré la vision d’une dizaine de clés suspendues derrière lui. Gnn… Comment on débloque ce passage ? Coup de téléphone, le veilleur de nuit sceptique est convaincu. Un deuxième capitaine nous trouve un hôtel …à 5h du mat!  Une chambre réservée mais non occupée s’offre à nous.

Commando

Le lendemain matin les tartines les croissants, parmi la discussion passionnée et passionnante de « nouveaux types de conférence », je remercie chaleureusement les troupes. L’un de nous deux s’en va en guerre pour modérer…une conférence tiens ! Et pour votre jeune mousse, la mission sera de repartir  bon pied, bon œil  de la chouette et tourmentée Rennes. Il faudra récupérer le premier larron voyageant sur une autre flotte (souvenez vous quelques lignes auparavant).

Et tercio : couronner le speedgame humain. Sur place ça réagit et très vite. Ô loin l’administration et la réunionite culturelle ! Sur le parvis un premier gars régis les bons plans à débusquer sur son écran, tandis qu’un autre propose  les provisions. Je vis Star trek. Et enfin un  dernier  flibustier arrive. Je rembobine ma cassette à paroles de galérien, dès lors celui-ci comprend tout de suite la situation.  Il prend le volant de ma voiture. Et c’est alors que le runner-speedrunner qui tient ma caisse me fait la démo d’une organisation ultra-millimétrée. Il suffirait- je le sais- d’un grain de sable pour tout décaler. Il trouve en moins d’une demi-heure un plan station-express à vingt balles assurant notre retour. Et  nous découvrons lors de ce voyage speedé nos personnalités sur place. On se connait à peine et on blablate.   Un run speedé donne envie d’écouter et de découvrir l’autre. Un temps hors du  temps!  Ça papote et ça se confie.  Et pas de la confidence de confiture dans les pans de : « Il pleut-oui c’est chiant-et sinon la femme les enfants ? ». Je suis déjà passé du statut de galère à un calinours. Je flotte sur des bulles de savon. Maison douce maison nous revoilà !

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Fin de pipo

 Est-ce la fin du game ? Jamais au gré des rencontres magiques ! Car un runner peut être un futur partenaire sur un sujet d’étude, une rencontre importante, même si éphémère, même si elle part d’un besoin. Une galère où se noue une amitié, des fusées d’idées à l’ébauche d’un travail collaboratif, le changement de notre regard sur l’autre, soudain nous rendant penaud. Et ici la démonstration va mettre en lumière une personne qui connait un décor, non pas pour la maîtrise d’un jeu, ou la compétition, mais au service des autres. Un autre speed runner : le runner. Et c’est le temps speedé d’écrire une bafouille, qu’aussitôt l’article-dit (ou plutôt écrit) se retrouve à la trappe de nos pensées.

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Un gros merci et BIG respect à des speedrunners de festival comme Mehdi, Ronan, Emma, Yann, Jb, Adrien Bibard…

 

06/2016, yacinesynapsas.com