L’œuvre de Barnabé Dira s’articule autour d’une exploration des formes ordinaires et de leur capacité à produire de nouveaux régimes de perception. À travers un travail de moulage et de reproduction d’objets issus du quotidien, l’artiste développe un vocabulaire plastique où l’accumulation, la répétition et le déplacement deviennent les principaux outils d’une relecture du réel.
Constitué de moulures synthétiques aux dominantes rouges, parfois blanches ou jaunes, son corpus interroge les mécanismes de mémoire inscrits dans les objets. Le rouge, récurrent dans son travail, agit comme une matière symbolique traversant l’ensemble de sa production. À la fois présence, signal et trace, il évoque les cycles de transformation qui accompagnent toute existence, depuis son apparition jusqu’à sa disparition.
Les séries Amoncellement horizontal et Déstructuration de paysage mettent en œuvre des logiques d’accumulation où les formes semblent progressivement s’émanciper de leur fonction première pour devenir de véritables paysages sculpturaux. Cette attention portée aux phénomènes de concentration et de dispersion trouve un prolongement dans ses recherches autour de structures cylindriques verticales striées dont l’intérieur demeure inaccessible au regard. L’artiste instaure ainsi une tension entre ce qui est montré et ce qui reste à imaginer, faisant de l’œuvre un espace de projection pour le spectateur.
Cette réflexion atteint une dimension monumentale avec Grand Serpent, vaste installation composée de moulures compactées et recouvertes d’une fine couche de silicone dont la surface évoque une peau organique. Déployée sur plusieurs années, cette œuvre manifeste un dialogue constant entre le sol, la matière et l’espace. Les formes semblent relier des points éloignés du paysage, dessinant des trajectoires qui rappellent autant les réseaux souterrains que les cartographies célestes.
À travers ces ensembles sculpturaux, Barnabé Dira développe une pratique où les frontières entre objet, territoire et récit demeurent volontairement poreuses. Son travail invite à considérer la matière comme un lieu de circulation, de mémoire et de transformation continue.