À la croisée du Land Art, de l’installation environnementale et de la sculpture contextuelle, Jérémy de Bayer développe une pratique qui s’appuie sur les matériaux ordinaires et les dynamiques propres aux territoires qu’il traverse. Ses interventions, souvent déployées à l’échelle du paysage, prennent forme à partir de matières recyclées, de terre, de bois et d’éléments prélevés dans l’environnement immédiat.
entre art conceptuel, land art et travail agricole. On est dans une esthétique qui pourrait évoquer Richard Long, Andy Goldsworthy, Giuseppe Penone ou encore Nils-Udo, tout en restant ancrée dans un imaginaire rural français
L’œuvre Pierre se lance s’inscrit dans cette recherche où le geste artistique dialogue avec les traces du travail humain et les transformations du milieu. À travers une mise en scène volontairement ambiguë, l’artiste construit des situations qui oscillent entre familiarité et étrangeté, invitant le regardeur à reconsidérer sa relation au quotidien.
Autour d’un élément central, les surfaces du sol sont travaillées, retournées et texturées sur de vastes étendues, produisant des compositions qui transforment temporairement le paysage en espace de contemplation. Ces interventions soulignent les tensions entre monumentalité et discrétion, entre action humaine et processus naturels.
En mobilisant des matériaux issus du recyclage et des ressources locales, Jérémy de Bayer interroge les notions de permanence, d’usage et de déplacement. Son travail explore ainsi la capacité des formes les plus simples à générer de nouveaux récits et à révéler les dimensions poétiques, parfois absurdes, de nos environnements contemporains.






Jérémy de Bayer
Pierre se lance
Chez Jérémy de Bayer, le paysage n’est jamais un décor. C’est un partenaire de négociation.
Se définissant volontiers comme un « artiste-paysan », il développe une pratique où le travail de la terre, les gestes agricoles et les phénomènes naturels deviennent les matériaux d’une œuvre en perpétuelle évolution. Refusant la séparation entre production agricole et production artistique, il considère le champ comme un atelier à ciel ouvert, où chaque saison compose une nouvelle exposition.
Son travail s’inscrit dans une économie du peu : déplacer plutôt que construire, révéler plutôt qu’ajouter, accompagner plutôt que dominer. Les pierres, les haies, les fossés, les outils usés ou les traces laissées par les animaux deviennent les véritables acteurs de ses installations.
Avec Pierre se lance, Jérémy de Bayer propose une intervention d’une simplicité presque désarmante. Une pierre, déplacée de quelques mètres seulement, devient le point de départ d’une fiction collective. Est-elle tombée ? A-t-elle été lancée ? Est-elle en train d’arriver ou de partir ? L’œuvre ne répond jamais. Elle laisse au visiteur le soin d’inventer le récit.
Cette économie de moyens fait toute sa force. Là où l’on attend un monument, l’artiste propose un déplacement. Là où l’on cherche un geste spectaculaire, il offre un doute. La pierre cesse d’être un objet inerte ; elle devient un événement.
L’œuvre entretient un dialogue subtil avec les pratiques rurales, où déplacer une pierre est un geste quotidien, presque invisible. En l’extrayant de son usage utilitaire, Jérémy de Bayer révèle la dimension poétique de ce travail ordinaire. L’installation interroge ainsi la frontière entre acte agricole et acte artistique, entre nécessité et contemplation.
Le visiteur repart souvent avec une question simple : à partir de quel moment une pierre devient-elle une sculpture ?
L’artiste, lui, semble considérer que la réponse appartient autant au paysage qu’à celui qui le traverse.
Mini-biographie
Jérémy de Bayer (né en 1987) est un artiste-paysan français dont la pratique se situe à la frontière de l’art contemporain, de l’agriculture et du paysage. Installé en milieu rural, il développe depuis une quinzaine d’années un travail fondé sur l’observation des gestes agricoles, des temporalités saisonnières et des transformations discrètes du territoire.
Ses installations, souvent réalisées in situ, utilisent des matériaux issus de l’exploitation agricole — pierre, bois, terre, végétaux ou objets techniques — qu’il détourne avec une grande économie de moyens. Son œuvre explore les notions de déplacement, d’usage, de mémoire et d’attention au vivant, dans une démarche où l’art n’est jamais séparé du quotidien.
Plutôt que de produire des objets, Jérémy de Bayer crée des situations. Il invite le public à regarder autrement ce qui semblait aller de soi, rappelant que les paysages sont autant construits par les gestes ordinaires que par les grandes interventions humaines.
Œuvre présentée
- Pierre se lance (2022)
Installation in situ – pierre calcaire, traces de déplacement, intervention minimale sur le paysage. Non pas du tout
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