J’aime l’araignée et j’aime l’ortie, Parce qu’on les hait ; Et que rien n’exauce et que tout châtie Leur morne souhait… Victor HUGO (1802-1885)
J’aime beaucoup ce poème de Hugo car il pourrait défendre à lui seul notre regard sur la culture et le handicap. D’interminables débats existent: « – Qu’est-ce que l’art ? » « -Qu’est-ce que le beau ? » « – Savons-nous écouter ? » « –Le code est-il le beau ? » « -La dissonance ne donne-elle pas saveur à la consonance ? » . Dans une époque où le cynisme devient une norme, Nous proposerons dans ce chapitre un ensemble de résonances de démarches autodidactes, autonomes et brut dans l’art pictural puis musical.
Provocations, contestations, parodies ou regards critiques, « l’art intellectuel » a pu donner nombre de fabuleux mouvements artistiques (ex le futurien, Tabula Rasa, futurisme , dada etc..). Et intemporel, passant entre les mailles de certains filets, l’art naïf, l’art brut.
- a) Démarche autonome dans toute forme d’art
- b) Art naïf
- c) Art Brut
- d) En musique : les Francs-tireurs
- e) 1937 : Art « dégénéré »
« n’importe quoi et tout à l’envers ».
a) Démarche autonome dans toute forme d’art
Avril 1879. Ferdinand Cheval, un facteur rural de 43 ans, trébuche sur une pierre si bizarre pendant sa tournée qu’elle éveille un rêve. Un véritable artiste autodidacte, il a consacré 33 ans de sa vie à construire seul, un palais de rêve dans son potager, inspiré de la nature, des cartes postales et des premiers magazines illustrés qu’il distribue. Pour son quartier, le facteur du cheval devient alors un être étrange, un «pauvre imbécile» qui, lors de sa tournée, met des pierres en tas, retourne le soir pour les chercher en utilisant sa brouette pour remplir son jardin. Il commence la construction de son monument qu’il n’appelle pas Palais Idéal en 1879.
Ci-dessus un extrait du reportage « Des racines et des ailes » sur le Palais Idéal du Facteur Cheval, situé à Hauterives dans la Drôme.
b) Art naïf
Comme on peut le voir Séraphine, le douanier Rousseau, le facteur Cheval, Clovis Trouille dans la peinture ou la sculpture. Un art sans école et sans démarche autre que « le faire ». Non intégrées au monde de l’art (Becker) leurs œuvres sont désormais reconnues et intégrées au patrimoine culturel. Séraphine Louis, femme de ménage ayant de l’or entre les doigts, elle termina sa vie dans un asile psychiatrique.
Ci-dessus Séraphine Louis: l’ange au plumeau (1864/1942)
c) Art Brut
Le terme Art Brut a été inventé en 1945 par le peintre français Jean Dubuffet. Il aurait utilisé ce mot lors de son premier voyage en Suisse cette année-là avec Jean Paulhan, mais la première fois que l’expression apparut, il écrivit au peintre suisse René Auberjonois dans lequel il prolongeait les découvertes et le travail du Dr Hans Prinzhorn en Les années 1920 sur l’art de « fou », mais aussi l’étude que Dr. Morgenthaler a consacrée en 1921 à un interné psychiatrique qui deviendra un célèbre représentant de l’art brut Adolf Wölfli sous le titre allemand Ein Geisteskranken als Künstler, 19212 … » Les singuliers de l’art travaillent sans apprendre, sans modèles hérités, ni connus transmis, sans marché défini et très peu à voir avec les artistes – Raymonde Moulin 8»
Jean Michel Basquiat (1960-1988) avec de grandes fresques murales. Il a été révélé par Glenn O’Brien et a collaboré avec Andy Warhol. Son style est original, spontané, naïf, énergique et parfois violent. Ci-dessus est un tableau de JM Basquiat « King Brand (1983) Sur le Wiki Art [2], il est intéressant de lire tous les détails de la catégorisation d’un art original, spontané, naïf, énergétique et parfois violent. On note un Néo – Style exprès de type figuratif avec une technique à l’acrylique, au charbon, au crayon, aux pastels, aux pinceaux. Ce travail comprend la Suite The Daros de 22 dessins et appartient à la Galerie de Zurich en Suisse.
Jesse Reno « Truth Lie »
d) En musique : Francs tireurs
Référencement, réflexion sur la marge identitaire du monde artistique. Dans son ouvrage sur les mondes de l’art Becker[3] nous apprend le terme repris des maquis : les francs-tireurs. D’une volonté consciente, ces artistes produisent leur art sans se soucier des codes des critères imposés. Ce qui donne des œuvres originales et innovantes. Nous pouvons aussi rappeler le choc du public assistant aux premiers concerts de la musique de Berg et Webern, cassant les chaises dans la salle, sifflant et criant au scandale
XVIème siècle Carlo Gesualdo
Né en 1566 à Venosa et mort le 8 septembre 1613, ce sont des compositeurs de la renaissance mal comprise. Sans obéir aux codes et à l’esthétique, leurs œuvres sont rapidement tombées dans l’oubli. Gesualdo était un compositeur italien avec une vie frustrée. La réputation sulfureuse de Gesualdo, prince-compositeur et meurtrier, l’empêchait de couler complètement dans l’oubli. Les historiens et les musicologues se sont d’abord passionnés de sa vie privée tumultueuse, qui est devenue une véritable légende noire au cours des siècles, reconstruisant, interprétant et jugeant chaque fois son travail et sa personnalité en fonction de ses valeurs esthétiques et morales. À partir des années 1950, la redécouverte de ses scores, réalisée en concert ou enregistrée au disque, a marqué le début d’un intérêt croissant pour le travail de Gesualdo. Directement accessible, sans préjugés scolaires, sa musique atteint un large public grâce à son pouvoir expressif et son originalité, en particulier dans le domaine harmonique 2. Il a également inspiré de nombreux compositeurs, qui ont accepté de reconnaître à Gesualdo un maître doué d’une personnalité ambiguë et fascinante
1920 : Charles Ives
Charles Edward Ives, né le 20 octobre 1874 et décédé le 19 mai 1954, est un compositeur américain. Chaque fois, les flûtes, sur scène, répondent à la trompette par une explosion stridente, sauf la dernière fois: c’est la question sans réponse. La pièce est typique d’Yves, car elle juxtapose des éléments disparates et disparates, menés par le tissu d’une histoire dont nous ne sommes jamais vraiment conscients, ce qui rend la pièce formidablement mystérieuse. Ce qui rend le travail d’Yves si mystérieux est sa non-conformité. Et bien qu’il soit presque entièrement inconnu dans sa vie, il est reconnu dans les temps modernes pour son travail expérimental dans la composition de la musique avec des quadrants et d’autres concepts musicaux peu orthodoxes.
e) 1937 : Art « dégénéré »
Nous voulions aussi placer un terme dérangeant car utilisé parfois pour décrire l’Outsider.
Entartete Kunst était la plate-forme officielle adoptée par le régime nazi pour interdire l’art moderne en faveur d’un art officiel appelé «art héroïque». D’abord appliqué aux arts visuels, le terme d’art dégénéré a ensuite été étendu à la musique (Schönberg, Bartok, par exemple, mais aussi la musique swing), la littérature ou le cinéma (Max Ophüls, Fritz Lang, Billy Wilder). Les visiteurs ont été invités à affronter les productions des malades mentaux et celles des représentants de l’avant-garde. Une confrontation visant à mettre en évidence la parenté entre les deux productions et à stigmatiser la perversité des artistes.
Les styles incriminés sont, par exemple, le dadaïsme, le cubisme, le fauvisme, l’expressionnisme, le surréalisme, l’abstraction, le futurisme.
Nous sommes conscients de cette comparaison quelque peu provocatrice, mais elle répond à la sauvagerie de certaines remarques. Oui, nous ne pouvons pas aimer tout, et tout n’est pas beau, ni bon goût. Mais nous ne pouvons pas dire «tout le monde à mes goûts». Car lorsque nous lisons les auteurs et les styles ciblés par le nazisme comme un art dégénéré, il peut nous interroger au-delà de la sauvagerie du sujet, de sa précision et de son argumentation.
Conclusion: Interrogation de notre propre regard ou oreille sur cet art
décider ce qui est de l’art. mass média, jeu économique, puissance.
Ce n’est pas forcément beau. Et c’est surtout affreux d’être persuadé d’une certaine beauté. On regarde l’habillage, ce qu’il y a derrière, mais il y a un regard très bourgeois là-dessus ; assis dans nos fauteuils confortables, notre vision critique du repos artistique des outsiders va nous éteindre d’un jeu où nous fixerons nous-mêmes les règles. Oui on peut s’en émouvoir d’être touché ou d’en rire, mais jamais nous ne voudrions vivre la réalité de ces gens-là. Mais au-delà de la vanne, il se passe vraiment un truc !
Plus récemment nous pouvons prendre cas d’André Robillard. Cet homme dont on se foutait (émission et gags) est maintenant exposé dans plusieurs galeries d’art réputées. André Robillard fut récemment en exposition à la galerie des 3 arts de Metz. Robillard est un artiste concevant des mitraillettes et pistolets design, des fusées, fait avec du matériel de récup. Son art sonore, batterie et voix, est proche d’une transe bruitiste.
Ci-dessus une mitraillette Robillard à la galerie Les 3 Arts de Metz (2013) ci-dessous l’artiste
L’outsider musical est un déroulement logique de l’art naïf et de l’art brut pictural. Celui-ci est d’ailleurs plus accepté : muséal, galeries, achats, médiathèques, expositions. Mais ces acteurs n’étaient nullement dans le circuit de métiers d’art. La chanson outsider offre des fantaisies et des ruptures, des électrisations sensitives en termes de création, exécution et réception. Elle interroge, fait rire ou embarrasse. On parle de « merdes, de ratages, des pires choses entendues ». Il est vrai que pour toutes les grandes équipes de production qui travaillent à développer ou maintenir un artiste dans la course, ça prend un sacré coup. Car ici, c’est une vraie ode à l’artiste jouant dans sa chambre, le schpountz, l’incompris. L’idiot du village ou le marginal social qui est mis en avant. Une nouvelle sorte d’artistes créateurs de l’ombre, un underground, qui est à côté de chez vous.
[1] http://www.facteurcheval.com/histoire/palais-ideal-facteur-cheval.html
[2] http://www.wikiart.org/en/jean-michel-basquiat/king-brand
[3] « les mondes de l’art » Becker
[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Carlo_Gesualdo